Communiqué du Front de Mères à propos du retour à l’école
Communiqué officiel

Communiqué du Front de Mères à propos du retour à l’école

2560 1432 Front de Mères

Communiqué du Front de Mères à propos du retour à l’école

10 mai 2020

La fin de la période de confinement se profile et, comme lorsque nous y sommes entrés, et malgré la « sur-communication » du gouvernement, de nombreuses interrogations et inquiétudes demeurent quant aux modalités de ce « retour à l’Ecole » pour les parents, personnels d’enseignement et d’éducation ainsi que les enfants.

Comme nous le redoutions, les semaines de confinement qui viennent de s’écouler ont agi comme un véritable révélateur des conditions de scolarité et de vie des élèves et des inégalités qui leur sont inhérentes. Il est évident que personne -familles comme personnels d’enseignement- n’était préparé à une telle situation et cela a généré beaucoup d’angoisse pour les adultes comme pour les enfants.

Outre l’impréparation des institutions, il semble important de rappeler ici que c’est la casse méthodique et la réduction des moyens alloués aux différents services publics (principalement hospitaliers mais aussi des services d’éducation) qui ont engendré la situation catastrophique à laquelle nous avons fait face. Casse des services publics que nous sommes nombreux.ses à dénoncer, contre laquelle nous luttons depuis des années, et que nous n’avons pas fini de combattre !

En milieu scolaire, cette situation exceptionnelle a vu les inégalités –déjà très profondes dans le système scolaire français comme nous le savons tou.te.s– se creuser et mettre en lumière des conditions de vie si difficiles pour certaines familles qu’elles ne permettaient pas de répondre à leurs besoins les plus élémentaires, encore moins de bénéficier de la « continuité pédagogique » qui devait être garantie par l’Education Nationale.

Le paradoxe étant pourtant là : ce sont ces enfants pour la majorité de quartiers populaires qui, du fait des inégalités pré-existantes au confinement (non remplacement de profs etc.), avaient le plus besoin que cette continuité soit effective, et qui pendant le confinement étaient les moins disposés matériellement et psychologiquement (lorsque les parents travaillaient par exemple) à en bénéficier en raison de leurs conditions de vie.

C’est en cela que la perspective du déconfinement, dans les termes et les conditions annoncées, nous interroge : en quoi une reprise des cours, qui se fonde non pas sur des enjeux de santé publique mais sur des enjeux économiques, est une mesure égalitaire ?

Dès lors que les familles les plus aisées –occupant majoritairement les emplois où le télétravail est possible– pourront se permettre de garder leurs enfants à la maison, tandis que celles et ceux occupant des emplois précaires n’auront pas d’autre choix que de remettre les leurs à l’Ecole, dans des conditions sanitaires que nous savons insuffisantes, il y a rupture indéniable du principe d’égalité. Nos enfants doivent-ils être les cobayes de ce qui s’apparente à une expérience sociale et politique hasardeuse ?

Nous sommes en droit de nous demander ce qui motive cette décision, avancée comme une mesure sociale visant à rattraper ceux que l’Ecole a « perdu » (l’ironie étant que le gouvernement ne s’est jamais autant soucié des « décrocheurs scolaires » que depuis qu’il a besoin de justifier sa stratégie politique), alors même que les informations contradictoires de ce même gouvernement (contagiosité des enfants, utilité des masques…) pourraient à elles seules justifier que ces écoles restent fermées.

Ceci étant, nous avons une certitude : le déconfinement est une nécessité, pour nous, nos enfants et la santé mentale de tous. Nous nous devons, pour ce faire, de reprendre la main sur les enjeux de santé et réfléchir ensemble aux modalités du déconfinement, plutôt qu’attendre que le gouvernement en fasse sa priorité.

Cette période ne peut-elle donc pas être l’occasion pour nous, parents comme personnels d’enseignement, d’imaginer d’autres formes de scolarité, de nous organiser territoire par territoire pour faire émerger de nouveaux modes d’éducation et de transmission, tout en répondant au besoin de se déconfiner en toute sécurité ?

Si des changements structurels profonds devront avoir lieu dans l’institution scolaire pour que nos enfants aient les meilleures chances de réussite et d’épanouissement, rien ne nous empêche de nous engager à notre niveau. Plus que jamais cette situation doit nous convaincre de l’urgente nécessité de nous organiser et nous rapprocher des établissements scolaires afin de peser sur les décisions prises concernant nos enfants et leur avenir. Le Front de mères reviendra très bientôt vers vous pour préparer l’année scolaire à venir avec un maître mot : l’engagement !

Il y a déjà au sein du Front de mères des collectifs locaux de parents qui ont commencé à réfléchir à de nouvelles formes d’éducation et transmission durant le confinement, alors nous vous invitons au débat : que pouvons-nous imaginer pour que nos enfants continuent à apprendre et s’épanouir dans ce contexte ?

Goundo Diawara, secrétaire nationale du Front de mères.

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